Je sais, vous allez encore dire que je fais les choses dans le désordre, je commence par les vacances avant de parler du boulot. Promis, j’écrirai sur mon séjour au Sud Soudan (Soudan du Sud, désolé Papa) mais pour l’instant, j’ai envie de vous parler de mes vacances après 3 mois à (Jubi) Juba (Djouba, désolé Papa). N’ayant que 9 jours, je décide de ne pas partir trop loin et sur les conseils d’autres expats, je choisis l’Ethiopie, destination touristique assez peu connue et pourtant … Au programme, 2 étapes, Lalibela et Gondar/Simien mountains. Au menu aujourd’hui, la 1e étape, Lalibela.
Départ de Juba vendredi en fin d’après-midi, 2 heures de vol pour arriver à Addis Abeba, capitale de l’Ethiopie. D’un naturel très organisé, je n’ai pas acheté mon billet pour Lalibela le lendemain, je me dis que je l’achèterai en arrivant. Problème : à 7 heures du soir, c’est un peu tard. Comme l’avion part le lendemain à 8h, pas moyen de l’acheter juste avant non plus. Pour l’instant, ma préoccupation est de récupérer mon sac mais il reste introuvable. Un éthiopien est dans le même cas que moi et on commence à discuter. J’en profite pour lui expliquer mon problème de billetterie et coup de bol, il m’informe que l’hotel Hilton a une agence de voyage ouverte jusqu’à 8h. Entretemps, mon sac arrive, c’est parti direction le Hilton. Bizarre sensation que de prendre un taxi après 3 mois où les seules voitures dans lesquelles je monte sont celles de MSF. J’achète mes billets. Problème suivant : où dors-je ce soir ? Le Hilton, c’est sympa mais ce n’est pas tellement dans mon budget. Ils ont quand même l’obligeance de m’indiquer un hôtel plus abordable dans le coin. C’est bon, j’ai un endroit où dormir.
Réveil le lendemain à 5h30 pour prendre l’avion, vive les vacances (ma meilleure grasse mat’ aura duré jusqu’à 7h30). Après un vol sans histoire, j’arrive à Lalibela. Je m’informe du prix du taxi. Après un rapide calcul, en me basant sur le prix que j’ai payé à Addis, j’en déduis que ça ne doit pas être très loin et je décide de partir à pied. Et j’ai une autre excellente raison de partir à pied, je marche parce que … je peux. A Juba, les règles de sécurité font que le seul endroit où je marche, c’est pour aller du bureau à la maison, soit environ 400 mètres. Je n’avais pas conscience à quel point ça me manquait mais là, au milieu des montagnes, je retrouve le plaisir simple de marcher. Quelques taxis me dépassent et ont l’air surpris de me voir marcher. L’un d’eux s’arrête et j’en profite pour lui demander à quelle distance se trouve Lalibela. Ce à quoi il me répond « 2-3 kilomètres ». Il me prend pour un fou quand je lui dis que je vais marcher. Peu importe, je continue. 4 enfants se joignent à moi. Ils m’affirment que c’est super loin, 19 km par la route mais juste 7 si je coupe par les montagnes. Je ne les écoute pas et continue sur la route. Après 45 minutes de marche, toujours pas de Lalibela en vue, il y a quelque chose qui cloche. Un bus passe et je décide de monter. Après une demi-heure, j’arrive enfin à Lalibela qui n’est pas à 2-3 kilomètres de l’aéroport mais 23. Je le saurai pour la prochaine fois.
Après avoir trouvé une chambre, je m’équipe pour aller une des activités favorites, aller courir dans la montagne. Quel plaisir de retrouver au milieu de la nature, le souffle court, perdu dans la forêt. Je grimpe jusqu’à arriver tout en haut, la vue est magnifique.
Enorme kiff à la descente sur un petit monotrace pas trop technique où il y a moyen de dérouler et se faire plaisir.
Le soir, je retourne à Ben Abeba pour diner et j’y rencontre Paul et Banoo, 2 étudiants allemands avec qui je sympathise. Nous passons la soirée ensemble et ils m’emmènent dans un bar pour boire du vin de miel et écouter de la musique traditionnelle.
Le lendemain, place à l’attraction de Lalibela : les églises. Mais tout d’abord, un peu d’histoire. Lalibela tire son nom du roi Gebre Mesqel Lalibela, qui comme chacun le sait probablemen déjà, était membre de la dynastie Zagwe, qui a régné sur l’Ethiopie au 12e siècle. Cela dit, Gebre n’était pas destiné à être roi, ça aurait dû être son frère ainé (qu’on appellera Maurice). La légende raconte qu’à un moment durant son enfance, Gebre se soit retrouvé entouré par un essaim d’abeilles (bienveillant l’essaim). Sa mère y a vu un signe royal et décidé que Gebre devrait être roi. Forcément, Maurice l’a mauvaise et décide de préparer une omelette au cyanure pour son petit frère. Innocemment, il arrive un samedi matin pendant les minikeums et propose à son frère son omelette. Gebre lui, ne jure que par les chocapic au petit dej. Devant l’insistance de son frère, il accepte de manger l’omelette, qu’il trouve d’ailleurs succulente (la fameuse omelette à l’ingrédient secret) et tombe dans un profond sommeil pendant 3 jours (et plus ou moins autant de nuits). Au bout de 3 jours, il se réveille comme une fleur et devant ce miracle, Maurice ne peut que s’incliner et laisse le trône à son frère. A cette époque, les éthiopiens, très croyants, ont pour habitude de se rendre en pèlerinage à Jérusalem, ce qui n’est pas sans danger (les statistiques officielles rapportent que 47% d’entre eux finissent dévorés par les loups). Lalibela a donc l’idée géniale d’amener Jérusalem à Roha (l’ancien de la ville) et décide de faire construire des églises. En grand visionnaire qu’il est, il décide de sortir un peu de l’ordinaire et plutôt que de les construire sur les rochers, il se dit que « dans » les rochers, ça ferait plus classe. En à peine 20 ans, 11 églises sont construites. La légende raconte que les anges auraient donné des coups de pioches pendant la nuit pour aider. Et le résultat est absolument incroyable.
Une fois la visite terminée, je m’accroche un petit jus de fruits frais (un t-shirt MSF dédicacé à celui ou celle qui trouve tous les parfums).
En fin d’après-midi, je remonte en courant à un point de vue pour admirer le coucher de soleil sur Lalibela. Je fais la montée en compagnie de deux jeunes éthiopiens, j’arrive à en lâcher un mais l’autre reste bien accroché à moi jusqu’en haut.
A la descente, impossible de résister, je me mets à courir. Les deux jeunes se mettent à courir eux aussi et c’est parti pour une course folle sur les petits chemins. J’étais parti sur un rythme soutenu mais là, c’est du sprint, on coupe dans la pente, on se double, on se redouble. L’un des deux a vraiment une belle pointe de vitesse, à chaque fois que je me rapproche et que je pense pouvoir le dépasser, il en remet une couche. Je ne sais pas par quelle miracle je parviens à ne pas laisser trois chevilles sur le chemin mais j’arrive à Lalibela en seul morceau, 2e mais qu’est-ce que c’était bon. Je retrouve Paul et Banoo pour un diner aux chandelles (pour cause de coupure de courant généralisée).
Le lendemain, départ pour Gondar. Etant dument informé, je décide cette fois-ci d’aller à l’aéroport à pied (c’est l’avantage de voyager léger), un petit 9 km à travers les collines. Je ne connais pas le chemin mais je connais la direction générale, c’est sud-sud/ouest. Je me prends 1h de marge, ce n’est pas mon genre de me perdre mais sait-on jamais … La première partie est très plaisante sur un petit chemin en pente douce. Après quelques kilomètres, j’arrive sur une piste carrossable beaucoup moins sympa. Je croise une voiture et j’en profite pour m’informer : oui, je suis sur la bonne route, plus que quelques kilomètres. Comme je suis en avance, je décide de quitter cette piste pour faire un peu de hors-piste, ce sera quand même plus fun. Au cap, je décide de couper tout droit dans les collines, pas de chemin, les montées et les descentes droit dans la pente s’accumulent, je ne croise personne. Le temps passe et toujours pas d’aéroport en vue. A chaque fois que j’arrive en haut d’une colline, je pense déboucher sur la bonne vallée … ou pas. Le chrono continue à avancer et toujours rien. Je sais que la direction générale est bonne donc j’accélère et continue dans la même direction. Je finis par déboucher sur l’arête d’où je vois enfin l’aéroport.
Il y a encore un bout de chemin mais ce n’est plus que de la descente. Je repars en courant car je n’ai plus beaucoup de marge. J’arrive finalement à l’aéroport après 15 km et presque une heure d’avance sur le vol. On peut voir sur la trace GPS que je ne me suis pas trop mal débrouillé pour la direction. J’apprends au check-in que c’est trop tard, le check-in est fermé, j’aurais dû arriver avec 2h d’avance. Avec deux vols par jour, je trouve ça quand même un peu abusé. Après une courte discussion, j’arrive à obtenir mon billet, direction Gondar.
Pour résumer, ces églises absolument incroyables et le plaisir de recourir en montagne ont fait de cette étape un séjour absolument inoubliable, sans oublier bien sûr la nourriture absolument délicieuse et cette belle rencontre avec Paul et Banoo. Un autre point positif et surprenant est le très faible nombre de touristes vus pendant ces 3 jours. L’Ethiopie est définitivement une destination touristique qui gagne à être connue.
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