mardi 21 août 2018

Infernal 200

203 km, 10000 mètres de dénivelé positif (D+) et négatif (D-), 61h maximum. En guise d'introduction, je pense que ce n'est pas mal. Après plusieurs courses autour des 100 km, il est temps de passer dans la cour des grands et m'attaquer à du “long”. Après une étude des différentes possibilités, j'arrête mon choix sur l'Infernal 200 dans les Vosges, pour 2 raisons principalement: je ne connais pas le coin et c'est assez proche de Bruxelles. Une fois inscrit, place à l'entrainement. Entre les déplacements avec MSF et le manque de relief sur Bruxelles, c'est compliqué de se préparer correctement.
Le départ de la course a lieu le jeudi 7 septembre à minuit. Le mardi d'avant, je me dis que ce serait bien d'avoir une 2e paire de chaussures pour changer à mi-course. Je passe rapidement à Décathlon pour racheter la même paire, du coup je ne les essaye pas. La veille de la course, je me dis que je pourrais peut-être les essayer quand même. Et là, c'est le drame, j'ai acheté 2 pieds droits.


Pas de souci, j'ai encore le jour du départ pour acheter une 3e paire. Avec un départ à minuit, j'ai un peu de temps devant moi le jeudi, j'en profite pour aller faire du shopping: le magasin n'ayant pas ma pointure, je prends quand même celles en solde une demi-pointure trop grande (46,5 quand même, allo Donald ?), pas grave, je mettrais 2 paires de chaussettes (je ferai le 120 premiers km de la course avec cette paire sans les avoir portées avant). J'en profite d'ailleurs pour racheter 2 paires de chaussettes, j'étais venu avec seulement 6 paires et c'est quand même un peu juste.
Je passe aussi à la pharmacie pour trouver un pansement adéquat pour ma cheville. Une semaine avant, au Sud Soudan, je me brulé en jouant au foot, j'espère que ça ne me gênera pas trop.


Bon cette fois, je crois que j'ai tout. Je rentre à la maison pour préparer le ravito perso. Entre ça et les ravitos tous les 15 km, je pense que ça devrait aller.


Dans l'après-midi, je me rends à Saint Nabord (merci Stéphanie pour la dépose à l'arrêt de bus) avec une 2e partie de trajet dans un bus rempli comme la chambre à air de Jean François Bernard le 20 juillet 1987.


Je pose la tente près du départ, prépare le sac, passe rapidement manger des pâtes et pars me coucher à 19h. Ma brillante stratégie d'arriver fatigué doit me permettre de m'endormir rapidement. Comme dirait l'autre « c'est pas la stratégie qui m'inquiète, c'est le stratège ». En l'occurence, le stratège ne parvient pas à trouver le sommeil même si ces quelques heures allongées me permettent de récupérer. Vers 23h, j'entends le speaker énumérer la liste du matériel obligatoire pour 10e fois mais cette fois-ci, je l'écoute et je me rends compte que j'ai réussi à oublier la bande adhésive. Sachant qu'il y a un contrôle des sacs avant le départ, je dois absolument en trouver une avant le départ sinon je serai disqualifié, petit coup de stress. Je pars voir un bénévole qui part se renseigner. Je repasse 15 minutes plus tard et il me donne une bande de strap, ouf c'est réglé. Je peux me rendre sur la ligne de départ. Après un court briefing et un beau feu d'artifice, le départ est donné à minuit, c'est parti pour une longue promenade.


Nous sommes 133 départ dont 5 femmes, seuls 84 coureurs verront la ligne d'arrivée. La stratégie est simple : se caler sur les barrières horaires et toujours viser le prochain ravito, surtout ne pas se projeter plus loin. Découper 200 bornes en plusieurs sections de 15 kilomètres, ça semble tout de suite beaucoup plus abordable, c'est rien 15 bornes.
Dès le départ, je me cale en fond de peloton. Les 4 premiers kilomètres sur le plat sont avalés rapidement, puis on attaque la 1e montée. Après un démarrage en douceur, ça monte droit dans la pente, visiblement le concept du virage n'est pas arrivé dans le coin. Certains passages en descente sont dans la même veine. Du coup, il ne faut vraiment pas trainer pour passer la 1e barrière horaire  (6h30 pour 35 km). C'est marche rapide dans les montées et relance dans les descentes. Comme nous sommes peu nombreux, je me retrouve tout seul au bout de quelques heures, j'adore cette ambiance, à courir dans la forêt au milieu de la nuit, avec le faisceau de la frontale pour trouver le balisage. Je passe la 1e barrière horaire avec 45 minutes d'avance, tout est sous contrôle. Honnêtement, faire ce tronçon de nuit en moins de 6h30 est déjà une très belle performance.
Le jour se lève maintenant et on peut enfin profiter de la vue et de la magnifique forêt vosgienne.



J'arrive au ravito du frère Joseph en 12h (58 km), tout va bien, j'en profite pour me changer, me ravitailler mais je ne m'attarde pas. Le beau temps se maintient, pourvu que ça dure. C'est reparti avec 2 gros morceaux en perspective : le Markstein et le Grand Ballon.


J'arrive en haut du Markstein en 16h30 environ, tout va bien. La barrière horaire au Grand Ballon fixé à minuit est celle qui me fait le plus peur, pour l'instant j'ai de la marge. Après une longue descente, j'attaque la montée au Grand Ballon, point culminant du trail à 1424 mètres. C'est là que je rencontre Daniel, un coureur angevin avec une belle expérience en ultra. On passera les 35 heures suivantes ensemble à se soutenir et s'encourager mutuellement (enfin surtout lui ;-). On termine la montée au Grand Ballon avec la nuit tombante. L'ambiance au sommet est top, avec un vent à décorner un Dahu. 


De là, on descend vers le ravito sans allumer les frontales, sans un bruit, moment d'harmonie absolument magique. J'arrive au ravito complètement frigorifié. Heureusement, l'énergie des bénévoles me permet de me réchauffer rapidement.


Après un court arrêt, on attaque la descente vers Saint Amarin. Tout va bien, on a de la marge sur les barrières horaires et on fait la descente en marchant. On arrive au ravito un peu avant minuit et à partir de là, on commence à « rentrer ». En effet, Saint Amarin se trouve à mi-parcours. Ca fait déjà 24h qu'on est parti et le sommeil commence à pointer le bout de son nez. Malheureusement, entre nous et la prochaine base de vie (où l'on peut dormir) du Rouge Gazon se trouve une section de 15 km avec plus de 1000m de D+. On commence à grimper sur un bon rythme, un autre traileur nous a rejoint. Au bout d'une heure environ, mes deux compagnons commencent à souffrir sévèrement du manque de sommeil et commencent à tituber un peu trop. Du coup, on fait une pause au bord du chemin pour 15 minutes. Je n'arrive pas à m'endormir (c'est qu'il fait quand même un peu froid et le matelas n'est pas des plus confort ;-)


On continue à alterner les périodes de marche et les micro-pauses de quelques minutes au bord du chemin. On passe régulièrement à côté de traileurs qui font aussi un somme au bord du chemin, ça fait un peu bizarre au début puis on s'habitue. A cause de la fatigue, on perd pas mal de temps sur cette section mais on finit par arriver au ravito sur les coups de 5h du mat (déjà 29 heures de course). On va enfin pouvoir dormir un peu. Avant d'aller me coucher, je passe aux soins : je commence par un bain de pieds qui me fait un bien fou, puis j'enchaine sur un massage des jambes (avec une masseuse pour chaque jambe s'il vous plait). Pour l'anecdote, j'entends une des masseuses dire qu'elle ne trouve pas de contractures. J'ai envie de lui dire que vu notre vitesse, ce n'est pas bien surprenant. Après ce moment très agréable, je pars dormir dans un bon lit. Je m'endors immédiatement et c'est en pleine forme que je me réveille ... 30 minutes plus tard. Je passe manger un truc avant de repartir avec Daniel. La pluie annoncée pour le samedi est arrivée et nous tiendra compagnie une bonne partie de la journée et de la nuit suivante. Le jour se lève rapidement et on continue notre lente mais constante progression. On passe au sommet du Drumont dans une ambiance de tempête : pluie, vent, brouillard, j'adore.


En fin de matinée, la fatigue revient me rendre visite. Plus ça va, plus c'est dur de lutter contre le sommeil. La pluie rend impossible les siestes au bord du chemin, il n'y a qu'une chose à faire : il faut continuer à avancer sans se poser de questions. Après plusieurs heures à lutter contre le sommeil, il se passe quelque chose de complètement inattendu : je n'ai plus sommeil et je me sens parfaitement en forme, sans pour autant avoir dormi. J'avais déjà expérimenté ça mais pas à ce niveau là. Après deux nuits quasi blanches, le corps arrive encore à trouver de l'énergie, c'est impressionnant. Sur les coups de 16h, on repasse à la base de vie de l'ermitage du Frère Joseph. Cette fois, on prend le temps de faire une vraie pause et on dort une heure complète. On repart sous la pluie plus motivé que jamais, on a 3 heures d'avance sur les délais, tout va bien.
Ca recommence avec la surprise du chef : la montée d'une piste noire droit dans la pente.


Après ça, on continue notre rythme, on a recommencé à courir en descente et les montées se font sur un bon rythme. On a de nouveau droit à une belle montée de bourrins.


Daniel n'est pas au mieux dans la descente suivante mais il se bat. Au ravito, il ne s'attarde pas et prend un peu d'avance. Je prends le temps de bien me ravitailler et je repars au soleil couchant avec une motivation et une énergie au top. Cette sieste de 1h m'a vraiment fait du bien et je ne sens pas les déjà 44 heures de course. C'est parti pour une 3e nuit sur les chemins. Je retrouve Daniel après 1h et on continue ensemble. Avec la nuit, le sommeil repointe le bout de son nez. Je le chasse tant bien que mal à coup de coca et de gel. Dans la descente vers Reherrey (km 166), je suis complètement cuit. Malgré notre vitesse réduite, j'ai l'impression que je vais m'effondrer à chaque pas. On arrive au ravito vers minuit (1h45 d'avance sur les délais). A peine rentré dans la maison, je m'assois par terre pour essayer de reprendre mon souffle (pour rappel, on a marché les derniers kilomètres en descente). Au bout d'une ou deux minutes, je rampe jusque sous un escalier et je commence une sieste allongé sur le carrelage. On me signale qu'un lit est disponible à l'étage. J'arrive à y trainer ma carcasse tant bien que mal et là, il se passe quelque chose d'inattendu : sans raison, je me mets à pleurer. Visiblement, mon corps esssaye de me dire quelque chose. Après quelques respirations profondes, j'arrive à me calmer et je m'endors. Je me réveille spontanément 15 minutes plus tard et encore une fois, mon corps a su tirer le maximum de cette courte pause et je me sens « frais ». J'étais arrivé au bout du rouleau et là, je suis chaud bouillant pour repartir, le contraste est saisissant. Je redescends et retrouve Daniel qui est tout surpris de me voir aussi motivé. Je me ravitaille rapidement et on repart gonflés à bloc affronter la nuit et la pluie. 


On a 4 heures pour passer la dernière barrière horaire avant l'arrivée qui se trouve à 12 km, avec 2 belles montées pour un D+ cumulé de 700m. Malgré quelques soucis de frontale pour Daniel, on avance bien sur la 1e montée. La descente nous posera plus de problèmes. C'est très raide et avec la fatigue, la pluie et la nuit, on n'avance vraiment pas vite. Histoire de s'ajouter un petit défi, je prends un mauvais chemin qui nous coûte une vingtaine de minutes. Cela va sans dire qu'à ce moment de la course, ça fait très mal au moral. On arrive finalement au pied de la dernière montée à 3h30. Il nous reste 1h pour passer la barrière horaire. Je sens tout de suite que ça ne va pas le faire. Mon corps est train de lâcher. Je laisse partir Daniel qui malgré la fatigue et sa cheville douloureuse, trouve des ressources mentales pour y aller, chapeau ! De mon côté, je m'accroche mais je n'avance plus. Je commence à avoir des hallucinations visuelles. Il est maintenant 4h, ça fait 52 heures que je suis parti et je suis arrivé au bout de ce que je pouvais donner. Je comprends que je ne pourrais pas rallier l'arrivée. Je me fixe un dernier défi : arriver au ravito avant la barrière horaire. J'arrive finalement au col mais le ravito n'est toujours pas en vue. Je finis par croiser quelqu'un qui me dit que le ravito est à 400 mètres : je vais mettre plus de 10 minutes pour les parcourir !!! Je suis complètement hagard quand j'y arrive, peu après 5h, avec presque 30 minutes d'avance sur la barrière horaire. Daniel est là et s'apprête à repartir et voit bien que je ne vais pas pouvoir repartir avec lui. Il me suggère de faire une sieste et d'aviser ensuite. Alors que j'avais abandonné tout espoir de terminer, il rallume une lueur d'espoir, qui s'éteint presque aussitôt. Je n'y crois pas mais je m'allonge quand même sur une table de pique-nique pour dormir 15 minutes. Cette fois, plus de miracle, je tiens à peine debout. Repartir serait dangeureux dans mon état et voué à l'échec de toutes façons.


Comme je l'avais décidé dans la dernière montée, c'est l'échec : je dois me résoudre à abandonner après 53 heures de course et plus de 180 km parcourus, à 25 km de l'arrivée. J'ai donné le meilleur de moi-même mais ça n'aura pas suffi cette fois ci.
La navette me ramène à Saint Nabord et je pars m'effondrer dans la tente. Assez bizzarement, je ne dors que quelques heures. De retour chez les parents de Stéphanie, je fais quelques étirements.


Le lendemain, je me réveille comme une fleur, pas de courbatures, juste du mal à marcher à cause des nombreuses ampoules que j'ai. Sur cette course, j'ai fait pas mal d'erreurs (préparation du matos, gestion des ampoules, pas de trace GPS) mais comme on dit, c'est le métier qui rentre. Pour la prochaine fois, je serai bien mieux préparé à affronter un tel défi et notamment la gestion du sommeil. Malgré l'échec de ne pas avoir rallié la ligne d'arrivée, j'ai réussi à parcourir plus de 180 km quand ma plus longue course avant l'Infernal 200, était de 100 km. J'ai découvert que mon corps avait des ressources incroyables. Rien que de me dire que j'ai crapahuté dans les montagnes pendant plus de 53 heures en ayant dormi tout au plus 2 heures, ça me laisse encore aujourd'hui sans voix. Maintenant, il va falloir que j'apprenne à gérer cette frustration, arrêter de ressasser mon abandon, arrêter de refaire la course en me disant que j'aurais pu faire plus, arrêter de rêver que j'ai continué et tourner la page.
Je vais terminer en remerciant toutes les personnes qui m'ont encouragé pendant la course, ça m'a donné une source de motivation supplémentaire. Un énorme merci également à Stéphanie et sa famille pour leur formidable accueil.
To be continued ...


jeudi 20 octobre 2016

Ironman Vineman 2016

Préparation


La 1e phase d'un Ironman, une fois que l'idée est bien ancrée dans ta tête et te parait réalisable (ça peut prendre un peu de temps), c'est l'inscription. Contrairement à ce qu’on pourrait penser, la demande est élevée et il faut s'inscrire plusieurs mois à l'avance. Avec Pierre, un pote de San Francisco, nous avions évoqué l'idée d'en faire un ensemble, et c'est ainsi qu'en Novembre 2015, alors que je suis perdu au fin fond de la brousse congolaise, ils nous inscrits tous les deux pour la course qui a lieu le 31 juillet 2016, à Napa Valley, non loin de San Francisco.

La 2e phase, c'est bien évidemment l'entrainement. Je passe les mois de Décembre et Janvier au repos total pour cause d'opération du fessier droit (merci les araignées congolaises). On pourrait penser que les 6 mois suivants seront consacrés à un entrainement intensif mais non, je choisis de me consacrer à d'autres passions : plusieurs semaines d'alpinisme et d'escalade dans les Alpes et plusieurs mois en Colombie à danser essayer d’apprendre la salsa. En conséquence, je dois adapter mon entrainement et je choisis d’innover en créant mon propre programme. Comme tout bon programme d’entrainement qui se respecte, il se décompose en 3 parties : entrainement, nutrition et préparation mentale.

1/ L’entrainement. 
En partant du postulat simple « l’entrainement, c’est fatigant », moins on s’entraine, moins on est fatigué, donc plus on est en forme, c’est imparable. Du coup, il ne faut pas hésiter à réduire drastiquement son volume d’entrainement. Comme disait Napoléon : « un bon graphique Excel vaut mieux qu’un long discours ». Vous pouvez donc voir ci-dessous l’évolution du volume d’entrainement sur les 6 mois précédents la course (totaux en km pour chaque discipline) entre mon 1e Ironman (Nice 2011), le 2e (Zurich 2013) et le 3e (Vineman 2016). La tendance est assez facile à observer, ça descend presque aussi vite qu’une bière dans le gosier d’un breton. Pour le prochain Ironman, j’envisage de limiter l’entrainement à la course en elle-même.


Pour la natation et la course à pied, je ne suis pas trop inquiet, par contre je sais que je vais manquer de caisse pour le vélo. J’ai commencé à m’entrainer sérieusement pour ça 2 semaines avant et les deux sorties « longues » (70 km) que j’ai faites ne m’ont pas rassuré sur mon niveau. Au moins, j’ai pu retrouver avec joie les routes californiennes.

Vue sur San Francisco et le Golden Gate bridge en montant à Hawk Hill

Vue depuis Tamalpais
2/ La nutrition. 
Pour qui est un observateur un peu attentif de la littérature à ce sujet, sur les 30 dernières années, on est passé par tout et son contraire. Du coup, il n’y a pas de raisons que je ne lance pas moi aussi mon régime. Il s’appuie sur trois piliers : les hamburgers, les bières belges et les glaces. Comme disait le triathlète Oscar Wilde « la meilleure façon de résister à la tentation, c’est d’y céder », donc pas de restriction, c’est open bar. Par exemple, voilà mon menu pour la veille de la course. Pour le déjeuner, un assortiment de fruits et légumes glacés afin de faire le plein de bonne humeur. 


Pour le diner, rien de tel qu’un bon resto avec un pote (Umami burger, 2184 Union St, San Francisco) : burger avec bacon bien sûr (parce que le bacon, c’est la vie), Duvel (tu me remettras la p’tite sœur), frites (avec mayo, c’est plein d’antidépresseurs) et bien sûr double ration de glace (au resto et avant de se coucher).


3/ La préparation mentale.
En temps normal, tu te fixes des objectifs, tu prépares des stratégies de courses en fonction de tous les scénarios, tu fais de la visualisation, j’en passe et des Hermann. Problème avec tout ça, c’est que ça prend du temps et quand il faut faire un choix entre ça et les jeux vidéos (qui améliorent la dextérité digitale pour le changement de vitesses à vélo), la réponse est toute trouvée. La préparation mentale se résume donc à ça : c’est juste un Ironman, tout ira bien. Comme disait ma maman « la confiance assure la réussite ». Ça tombe bien la confiance, ça se cumule plus vite que les kilomètres à vélo et ça demande beaucoup moins de calories.

Jour J

Vous me connaissez, je ne suis pas un lève-tôt alors quand le réveil sonne à 3h30 un samedi matin, je n'ai pas une grosse pêche. On arrive sur l'aire de transition à 5h45, un rapide coup d'œil au vélo et je pars me changer. Les prévisions météos annoncent des grosses chaleurs pendant la journée mais pour l'instant, je tremble de froid, j'espère que l'eau ne sera pas trop froide. En attendant le départ, j'écoute du gros son US pour mettre dans l’ambiance: “Let the sunshine in” de Julien Clerc et “Gracias a la vida” de Pasion Vega. Pierre et moi sommes en forme et impatients de partir. 


Les 3800 mètres de natation ont lieu dans la Russian River, sous la forme d'un aller et retour, avec départ par vagues pour éviter le mode essorage typiques des départs massifs. La natation aquatique n’étant pas notre discipline de prédilection, nous nous plaçons en queue de peloton.  Le départ des amateurs est donné à 6h45 mais comme nous sommes dans la vague 1h30-1h45, nous ne partons que 20 minutes après. Dernière accolade avant de se jeter à l’eau et c’est parti pour une longue belle journée de sport.


Dès le début de la natation, je suis rassuré, l'eau est chaude et je ne vais pas avoir froid. Assez rapidement, je me rends compte que je dépasse pas mal de monde et malgré le départ par vagues, ça bastonne un peu pour les dépassements. Mon cerveau (oui, oui, je l’ai retrouvé) m’envoie continuellement des messages d’alertes pour me dire que je suis en léger surrégime. Vous me connaissez, le calcul n’est pas mon point fort, donc plutôt de m’économiser (la course va être longue), je choisis l’option plaisir et continue sur le même rythme. Petite originalité du parcours : pour cause de manque d’eau dans la rivière, il a pas mal de passages où l’on peut marcher au lieu de nager, même si ça reste moins rapide, ça permet de souffler un coup. 


A mi-course, je me rends compte que je suis sur les bases de 1h15, plus d’hésitation, je reste sur cette allure-là. Je me régale, c’est un vrai plaisir de nager même si la visibilité est quasi nulle. Je termine en 1h15 tout rond (13 minutes plus vite que mon meilleur temps sur la distance), c’est honnête pour quelqu’un qui a appris le crawl dans un livre (Terry Laughlin, Total Immersion).

Suis vraiment allé si vite  peu lentement que ça
La transition se passe rapidement (6’45) et je me lance à l'assaut des 180 kilomètres de vélo dans les vignes. Je me cale en position aérodynamique sur mon vélo loué la veille (je sais, je suis quelqu’un d’organisé) et je me rends compte que la position est douloureuse pour les épaules (c’est le problème quand on ne s’entraine pas). Heureusement ma formidable prépa mentale arrive à la rescousse avec un plan formidable :
- plan A : ça va passer.
- plan B : au pire, ça ne passe pas mais il n’y a que 180 bornes à tenir.

Les premiers kilomètres sont assez vallonnés et avec pas mal d’intersections. Du coup, j’ai du mal à me mettre dans le rythme. Et puis, les choses s’améliorent : je me sens bien physiquement et la route est plus propice pour envoyer du braquet. 


C’était trop beau pour être vrai : alors que je suis en train de changer de vitesse, un bout du guidon se décroche (c’est le problème quand on n’a pas testé le matériel). Je dois m’arrêter et je perds quasiment 10 minutes pour remettre en place mon guidon. Je repars passablement agacé de ce temps bêtement perdu mais au bout de quelques kilomètres, le plaisir de rouler prend le dessus et j’oublie l’incident. Les routes sont relativement plates et je me régale avec ce vélo. Comme en natation, je sens que je pousse un peu trop mais c’est tellement grisant que je continue même si je sais que je vais finir par le payer.


Les 140 premiers kilomètres sont avalés à plus de 30 km/h de moyenne et puis le coup de bambou finit par arriver. Je n’ai plus de jus et je me traine tant bien que mal sur les 40 derniers kilomètres.


Je termine en un peu plus de 6h (6h03’59), ce qui est presque aussi bien qu’à Zurich, où j’avais par contre beaucoup plus géré mon effort. Plus qu'un marathon à courir et j'en aurais terminé.
La transition se passe rapidement (6:47) et j'attaque doucement la course à pied. Il faut maintenant parcourir 3 fois un aller-retour de 14 km avec notamment une belle côte sous une chaleur de plomb. J'ai 20 minutes d'avance par rapport à mon temps de Zurich, il me faut donc courir le marathon en moins de 4h30 pour faire mieux mais je sais tout de suite que ça ne va pas le faire. Je m'étais fixé comme objectif de finir en moins de 14h (11h51 à Zurich) et là, je me retrouve en position de battre mon meilleur temps sur la distance. Problème: je ne suis pas prêt mentalement à me battre pour améliorer mon temps de Zurich, je pensais vraiment aller beaucoup plus lentement. Je n'ai pas la motivation pour aller vite et du coup, je pars au petit trot.

Tout va bien
Il est 14h et il fait très chaud. Heureusement, il y a des ravitaillements tous les 2 kilomètres environ. Je suis ma stratégie habituelle qui consiste à courir tout le temps sauf aux ravitos où je marche, ce qui quand même plus pratique pour boire et manger.

Ne pas oublier le ravito chips

Alors que je n'avais pas vu Pierre pendant le vélo et que je commençais à m'inquiéter, je finis par le croiser quand je suis sur le retour de la 1e boucle, il court et il a l'air bien, je suis rassuré. Je termine la 1e boucle en 1h35 environ. Alors que je croise Pierre pendant la 2e boucle, il me dit qu'il est derrière moi (je pensais qu'il était devant). Cela réduit encore ma motivation à aller vite. Je termine la 2e boucle plus ou moins dans le même temps mais sur la 3e , je me laisse aller à beaucoup marcher. Je suis bien physiquement mais je n'ai pas de motivation. Je me pousse à courir un peu car j'en ai marre et j'ai envie que ça se termine. Le dernier kilomètre est génial avec tous les spectateurs qui t'applaudissent.


Je passe la ligne après un marathon couru en 5h09 (mon pire temps sur la distance) pour un temps total de 12h41’09.


Je me sens bien et soulagé d'en avoir terminé.


C'est peut-être la première et dernière fois que vous me voyez avec ce t-shirt. Non mais sérieusement, ils auraient voulu nous punir qu'ils nous auraient pas donné un truc plus laid.


Peu de temps après, Pierre arrive et en termine à son tour (le chaleur sur la course à pied lui a été fatale et il a dû lever le pied). Félicitations à lui qui termine son 1e Ironman.


Pour ma part, je me suis vraiment fait plaisir sur la natation et le vélo. A cause de mon manque d'entrainement, la course à pied aura été plus compliquée et c'est bien normal. Je n'ai qu'une envie maintenant, c'est d'en refaire un et de tenter de casser la barrière des 11h avec un véritable entrainement. Qui sait, pourquoi pas en Mars en Nouvelle Zélande ?
En lien ci-dessous, mes données Strava sur les 3 disciplines.


lundi 21 décembre 2015

UTPMA 2015

C'est l'histoire d'un mec qui finit premier à un concours de circonstances et qui se retrouve au départ d'un trail de 104 km avec plus de 5400 mètres de dénivelé positif en ayant basé sa préparation sur la pratique du frisbee. Mais de quoi il parle là ? De l'UTPMA, Ultra Trail du Puy Mary Aurillac, course qui a le bon goût de parcourir les montagnes qui ont vu grandir l'auteur de ses mots. Dès la création de la course, je me suis dit que je devais y participer un jour. Il était dit que 2015 serait la bonne année. Plusieurs mois à l'avance, je note le jour de la course dans mon agenda. Après une légère réorientation professionnelle, je me retrouve à partir avec MSF au Sud Soudan pour 6 mois, retour en France pile poil avant la course. Malheureusement, je dois participer à une formation à Bruxelles qui termine le vendredi 19 juin à 17h, soit 7h avant le départ à Aurillac, impossible n'est pas Sylvain mais quand même un peu. Du coup, j'abandonne l'idée de participer. Quelques mois plus tard, je me retrouve à décaler cette formation au mois d'Octobre mais j'avais complètement oublié la course. Alors que je commençais à planifier mes vacances post-mission, je vois le nom de la course dans mon agenda et je me dis “tiens, ça pourrait passer finalement”, même si je me doute que les inscriptions doivent être closes (et oui, faut pas croire, il y a plein de gens que ça intéresse ces courses du dimanche qui commencent le vendredi ... mais terminent le dimanche pour certains). Sans trop d'espoir, je me rends sur le site de la course et là bingo, ils venaient de réouvrir 100 places le jour même. Et voilà comment je me retrouve en ce vendredi 19 juin à 23h55 à moins de 5 minutes d'une très longue journée (et plus si affinités). 
Je suis rentré du Sud Soudan à peine 2 semaines avant, j'ai enchaîné les voyages depuis (Bruxelles – Paris – Aurillac – Biscarosse – Paris – Prague – Naples – Paris – Aurillac), je suis complètement cassé et c'est là ma chance. Ce n'est pas ma 1e expérience sur la distance mais les départs étaient toujours tôt le matin donc il y avait moyen de dormir. Pour l'UTPMA, le départ est fixé à minuit, donc avec les préparatifs d'avant course, pas de nuit possible, à moins de se coucher très tôt. Etant un coureur bon élève, j'assiste au briefing pendant lequel je m'endors 2 fois, file à la pasta party m'enfiler le plat de pâtes réglementaire en 2 secondes chrono et avant 8h, je suis déjà en train de ronfler. Je bénéficie donc d'une nuit courte (3h30) mais qui fait toute la différence. Je me réveille plutôt frais à 11h15, tout le matos est prêt, la ligne de départ est juste à côté.


Minuit top départ. La stratégie de course est simple: se faire plaisir en gardant un oeil sur le chrono pour ne rater les barrières horaires comme à l'UTB. La 1e partie de course jusqu'à Mandailles, 40 km avec relativement peu de dénivelé (1800m D+), c'est l'échauffement. Je dois absolument y arriver bien frais. Du coup, je pars dans les dernières positions et me mets en première, tout doux Cochonou. Pas mal de passages techniques avec de la boue et des terrains instables, merci les Xodus. Quand le jour se lève enfin en arrivant sur Cabrespine, tout le cirque de Mandailles s'offre à nous, simplement magique. 


Autant je ne connaissais pas la 1e partie de course, autant là, je suis avec Frédéric Lopez en terrain connu. Je passe juste à côté de la maison où j'ai grandi. Qui la retrouve ? 


J'arrive à Mandailles avec 1h d'avance sur mes prévisions, tous les voyants sont au vert (comme la crème du pays). De là, on attaque la montée au Piquet. Je m'attendais à quelque chose d’extrêmement raide et technique, genre limite escalade suite au briefing mais comme c'est moins pire que ce que à quoi je m'attendais, ça passe bien. Après le Piquet, on reste sur la crête qui mène au Chavaroche, vue royale. 


On redescend ensuite au Redondet avant de remonter au pas de Peyrol puis le fameux escalier du Puy Mary. Le temps est magnifique, j'en prends plein la vue, ça faisait tellement longtemps que je n'étais pas venu dans le coin. Je n'aurai pas fait le voyage à vide, en une journée, on passe par tous les sommets du coin. Au sommet du Puy Mary, je suis toujours en avance sur mes prévisions. La crête du Puy Mary au Peyre Arse, en passant par la brèche de Rolland, c'est le panard total, vue à 360° sur les montagnes, je suis au paradis. 


La descente du Peyre Arse, très raide et technique me ramène sur terre et me rappelle à quel point je manque d'entrainement, les jambes tétanisent en 2 secondes, je suis obligé d'aller au ralenti. J'ai aussi mon premier coup de moins bien. Je pensais faire Puy Mary – Le Lioran en 1h30, je mettrai le double. Après la Bataillouse, au lieu de descendre directement sur la station, on enchaîne les bosses avant de finalement descendre, avec encore du casse pattes. 


J'arrive enfin au Lioran et franchement, je ne suis pas frais. Mais mon papounet préféré est là et après une bonne pause ravito et changement intégral de tenue, je suis un autre homme. Je me sens bien et prêt à attaquer la 2e moitié du parcours, presque déjà 14h que j'ai quitté Aurillac. C'est reparti pour la montée au Puy Griou, sur des belles pistes forestières, avec juste ce qu'il faut de soleil pour nous accompagner. 


Pendant la montée, un petit groupe de 4 coureurs se forment jusqu'au pied du Puy Griou. En voyant la dernière portion de montée, courte mais ultra raide et technique, un coureur décide d'abandonner et renonce. C'est dommage parce que la vue d'en haut vaut le détour. On peut voir tout ce qu'on a parcouru depuis le lever du soleil. 


A la descente vers le col du Perthus, j'ai un gros coup de mieux, et accélère franchement le rythme. Ce sont des chemins que je connais vraiment bien et encore une fois, je me régale.


J'accélère tellement qu'en arrivant au col, papa n'est pas encore arrivé. Ne m'attendant pas aussi tôt, il est parti acheter du fromage (c'est vrai qu'il est bon dans le coin). Du coup, je décide de ne pas l'attendre et après un ravito éclair, j'attaque la montée aux Elancèzes. 16 heures de course, pas de bobo, c'est d'la boule. Rebelote au sommet, encore une vue à couper le souffle. Le plus gros du dénivelé est fait, plus qu'à se laisser (plus ou moins) descendre jusqu'à Aurillac, 30 km quand même. Et là, j'ai mon 2e coup de mou, pas une grosse motivation, j'ai du mal à relancer. J'avance mais je sens passer le vent des escargots qui me doublent. J'arrive au ravito du Cayla où cette fois, papa est arrivé avec 2h d'avance et soyons honnêtes, je ne suis pas au top. Mais là encore, le ravito et les encouragements me reboostent et je repars métamorphosé, je me sens frais et je cours à une bonne allure (j'arrive même à faire un kilomètre à presque 10 km/h de moyenne, ils font moins les malins les escargots).Je retrouve le plaisir de courir sur des petits chemins et j'ai l'impression que la course vient de commencer.


J'arrive à Saint Simon à la tombée de la nuit, je suis encore dans les temps pour finir en moins de 24h. Du coup, je ne m'arrête quasiment pas et me dirige rapidement vers l'avant dernière difficulté du parcours, le plateau de 3 mages. L'ultra, ce sont des cycles, des moments d'euphorie où tout va bien et des moments au fond du trou, C'est la gestion de ces cycles qui va faire la différence entre finir la course et abandonner. J'étais arrivé à Saint Simon euphorique mais dès le début de la montée, je déchante, mes jambes sont restées au ravito (les fourbesses) et ma vitesse approche celle de réaction de l'OMS face à la dernière épidémie d'Ebola. Je n'avance plus, il fait nuit et j'ai juste envie de m'asseoir tout le temps. D'ailleurs je m'assoie tout le temps mais j'essaye de quand même marcher un peu entre les pauses. Je réalise très rapidement que je peux oublier terminer sous les 24h et comme je sais que j'ai 26h max pour finir, je n'ai pas la pression de la barrière horaire pour me motiver. Du coup, je traîne ma carcasse, arc bouté sur mes bâtons, ma playlist Ironman dans les oreilles qui me donne l'énergie de continuer à avancer. Je fais le calcul qu'il me reste environ 2 heures de course et quelque part, ça me soulage, j'ai l'impression que ce n'est rien du tout.
Les lueurs de la ville arrivent enfin mais comme bien précisé au briefing, il reste la surprise du chef, le puy Courny, c'est court mais ça grimpe droit dans la pente. Après plus de 24h de course, c'est mentalement très dur de toucher la ligne d'arrivée du bout des ampoules mais de devoir faire un petit crochet pour profiter de la vue (ou pas, il fait nuit) sur Aurillac. Tant bien que mal, j'arrive au sommet, je n'ai plus la motivation pour courir et je marche tranquillement vers la ligne d'arrivée. Je traverse ces rues familières que j'ai tant arpentées pendant mon adolescence et après 25 heures et 17 minutes (Strava), je passe la ligne d'arrivée.


Comme d'habitude, c'est open bar endorphine et je ne sens plus la fatigue, je suis juste heureux. Heureux d'avoir passé une journée à faire ce que j'aime, dans des paysages splendides. Je n'étais pas préparé pour cette course mais l'expérience et le mental m'ont amené au bout de cette belle aventure et j'ai juste une question en tête “c'est quand la prochaine ?” Un grand merci à François et sa maman qui m'ont formidablement accueilli, à mon papa pour son soutien pendant la course et à mon frère pour être venu me chercher à l'arrivée. Enfin, un tout grand merci à Simon et Garfunkel, sans qui tout cela ne serait pas possible, elles comprendront.

Et une course en moins dans ma liste (il reste encore du boulot):
- Ironman Nice
- Embrunman
- Norseman
- Challenge Roth
- UTPMA
- Ronda Del Cims
- Templiers
- Saintélyon
- UTMB
- Wasatch 100
- Western States
- Marathon de Berlin
- Ottilo
- Escape from Alcatraz
- Pierra Menta
- Tor des Géants
- Diagonale des fous
- Manhattan Island Marathon Swim
- Everest Sky Race

En bonus, la vidéo de mon arrivée au sprint.




lundi 25 mai 2015

Ethiopie: Gondar et monts Simien

Après un vol sans histoire, j’arrive à Gondar. Je n’ai évidemment rien réservé, on verra bien comment ça se présente. A l’aéroport, je fais la connaissance de deux photographes italiens avec qui je partage un taxi. Ils ont une adresse d’hôtel, ça tombe, je n’en ai pas. Chambre pour le soir, ça c’est fait. Je peux maintenant faire le tour des agences de trekking pour organiser mon tour dans le parc national des monts Simien. La 1e que je trouve me satisfait, 5 jours, 4 nuits et pas d’autres touristes dans le groupe (j’ai spécifiquement demandé un guide en bonne forme physique pour pouvoir aller vite). Groupe tout de même assez conséquent: 1 guide, 1 scout, 1 cuisinier, 1 assistant cuisinier et 2 muletiers. Tout ce personnel pour moi, je ne suis pas fan mais impossible de faire autrement, ce sera rando en mode grand confort. Maintenant que les formalités sont réglées, je peux partir visiter l’attraction de Gondar, son château fort médiéval absolument magnifique.





Le soir, je m’accorde un bon gros hamburger. Mauvaise idée, je suis malade toute la nuit, problème digestif et problème de souffle. Je marche 5 mètres pour aller à la salle de bains et je suis essoufflé. Ca s’annonce bien pour demain, altitude de départ 3600m et j’ai bien dit que je voulais marcher vite. Je dors à peine 2 heures.
Le lendemain, je me sens un peu mieux mais ce n’est pas non plus la grande forme. Après 3h de trajet, on commence à marcher, la vue est splendide, la forme un peu moins.


En chemin, on croise une des très nombreuses colonies de babouins qui peuplent le parc.


On arrive au campement en milieu d’après-midi. Les tentes sont montés et le goûter est prêt: grand luxe. Même si j’ai du mal à avancer, le guide m’affirme qu’on est allé vite. En début de soirée, on part à un point de vue à une vingtaine de minutes du campement pour admirer le coucher du soleil. Moment absolument magique.


Le soir, je prends un repas normal. Mauvaise idée, je suis malade toute la nuit. Assez ironiquement, alors que je travaille pour MSF, je suis parti sans aucun médicament. Le matin, je ne peux même pas avaler un verre d’eau sans passer par la case toilettes dans les 5 minutes. Voyant ça, le guide me propose de rester ici pour la journée afin que je récupère. Quelle drôle d’idée !!! Je suis venu pour marcher, tant que je peux avancer, on avancera. C’est parti, l’estomac léger, sous un beau soleil. Les vues sont splendides.



La montée à 4000 mètres sans acclimatation et l’estomac vide est un peu difficile mais je m’accroche. 



On finit par arriver au bivouac situé à 3600 mètres d’altitude. Je bois une tasse de thé vers 5h et mon estomac a l'air de coopérer cette fois-ci. Il semblerait que mes problèmes soient de l’histoire ancienne et le soir, j’arrive à m’alimenter normalement. 
Petit point de vue sympa.


Voyant que ça va mieux, je propose au guide de changer le programme et de monter au point culminant d’Ethiopie, le Ras Dashen. Ce changement implique beaucoup plus de dénivelé, ça tombe bien, je suis venu pour ça.
Le lendemain, on s’échauffe avec une petite montée à 4300 mètres, suivi d’une longue descente jusqu’à la rivière 1500 mètres plus bas. On en profite pour voir des bouquetins Walia, espèce endémique et en danger d’extinction.



La descente se fait en marche rapide, dommage, j’aurais bien couru un peu. On pique-nique à la rivière avant de remonter vers le bivouac situé à 3200 mètres d’altitude. Comme on est allé assez vite (un peu trop pour le guide qui a les genoux en compote), les muletiers ne sont pas encore arrivés. Pour passer le temps, je pars faire un footing, direction le Ras Deshen. Je n’ai aucune idée du chemin à suivre mais j’ai juste envie de me dégourdir les jambes. Après 1h15 de montée, je décide de faire demi-tour et retourne au campement. Pas de doute, j’ai retrouvé des forces. Au programme du lendemain, l’ascension du Ras Deshen, 1300 mètres plus haut. En temps normal, le guide compte 10 à 11h aller et retour. Comme on avance bien, il estime à 7/8 h donc pas besoin de se lever aux aurores. 
Le lendemain, départ vers 7h avec un temps superbe. La montée se fait sur un rythme tranquille (avec beaucoup trop de pauses à mon goût). J’ai bien fait de faire demi-tour la veille, je n’aurais jamais trouvé le chemin tout seul. Voilà, ça y est, on a atteint le point culminant d’Ethiopie (4543 mètres). Assez paradoxalement, la vue n'est pas très dégagée, beaucoup de pics aux alentours à peine moins hauts.



On fait la descente à un bon rythme, en prenant pas mal de raccourcis dans la pente.  Après un peu plus de 5h, nous sommes de retour au bivouac. Le problème quand on va vite, c’est que la journée se termine trop tôt. Du coup, je me lance un petit challenge chronométrique : remonter au Ras Deshen en 2h15 et redescendre en 1h15. Je pars sur un bon rythme et ma vitesse ascensionnelle (600 mètres/heure) est conforme au plan. Malheureusement, sur la fin, je me trompe de chemin et perds de précieuses minutes. Je fais un croix sur mon objectif de 2h15 mais au plus je me rapproche du sommet, au plus je me rends compte que c’est encore jouable. Je mets un dernier coup de turbo en faisant quand même attention sur la fin car c’est de l’escalade (facile). J’arrive au sommet en 2’14:32. Objectif atteint. Comme j’ai bien poussé sur la fin, je m’accorde 4 minutes de pause avant de rentrer. Gros gros plaisir à la descente, avec une alternance de passages techniques et de passages roulants. Encore une fois, je suis limite niveau chrono mais j’atteins le bivouac en 1’14:42. 2e objectif atteint. 3h34 aller-retour tout compris, ça va, ma forme n’a pas complètement fondu sous le soleil de Juba. Une bien belle journée : 42 km et 2800 mètres de D+. 
Le lendemain, il faut rentrer au bivouac d’il y a 2 jours, redescente à la rivière puis remontée à 4300 et redescente à 3600. Je paye mes efforts de la veille et suis beaucoup moins facile. Peu importe, je me suis bien fait plaisir les 2 jours précédents. 
Le Ras Deshen se trouve dans le fond quelque part.


Vesr 14h, on rejoint le minivan qui va nous ramener, il n’y a plus qu’à attendre les muletiers qui sont derrière. Retour sans histoire à Gondar où je retourne dans le même hôtel et mange le même hamburger (sans conséquence cette fois-ci). Le lendemain, je redécolle pour Addis où je retrouve Paul, que j’avais rencontré à Lalibela. Ses parents y habitent et il avait très généreusement proposé de m’héberger. Ça tombait plutôt pas mal, vu que je n’avais rien réservé. Le soir, on part faire le tour de la ville à la recherche de cartes postales. On finira par en trouver au Hilton, un seul modèle disponible, je l’achète 18 fois. On part ensuite manger koréen, histoire de changer un peu. Le lendemain matin, Paul et sa mère m’accompagnent en voiture à l’aéroport.
Au final, 9 jours absolument magiques en Ethiopie, à courir dans la montagne, profiter de paysages splendides, un très bon break avant de retrouver Juba pour les 3 derniers mois de ma mission.